Les Turkmènes irakiens

Communiqué du Représentant des Turkmènes irakiens en Europe

 

Les Turkmènes toujours victimes de discrimination ethnique en Irak.

Aujourd’hui lorsque les médias parlent de l’Irak ils mentionnent les Kurdes, les Shiites et les Sunnis, laissant croire que ceux-ci représentent le peuple irakien, or cette classification est non seulement fausse mais elle est également trompeuse, il s’agit d’une invention des néo-conservateurs américains pour diviser l’Irak afin de contrôler ses richesses pétrolières.

 

En réalité le peuple irakien est composé d’Arabes, de Kurdes et de Turkmènes qui sont soit musulmans ou chrétiens. Ainsi en mélangeant confusément l’ethnicité kurde avec les affiliations ou les croyances religieuses des Arabes irakiens, l’administration américaine a promu et a autorisé ces groupes ethniques et sectaires avec leurs milices armées à prendre le pouvoir en Irak sous la bannière de la « démocratie ». Le monde a pu constater les conséquences désastreuses de cette politique inventée par les néo-conservateurs de l’administration américaine.

En effet, les 3 millions de Turkmènes irakiens (12% de la population irakienne) qui constituent le troisième groupe ethnique important d’Irak après les Arabes et les Kurdes sont totalement ignorés par les néo-conservateurs américains et sont inexistants d’après eux et selon leur invention (la nouvelle classification) concernant la nature et la composition du peuple irakien.

Pire encore, les 3 millions de Turkmènes d’Irak, ensemble avec leurs 17 millions de compatriotes Arabes et un demi million de compatriotes Chaldéo-assyriens, représentant une majorité de 82% du peuple irakien ont été exclus et n’ont pas été mentionnés dans cette « nouvelle classification » du peuple irakien, alors que les 4.5 millions de Kurdes qui ne représentent que 18% du peuple irakien ont été promus au premier rang, avec un rôle prépondérant ainsi qu’une position dominante dans l’Irak occupé.

Les Turkmènes irakiens sont malheureusement ignorés et rarement mentionnés dans les médias occidentaux bien qu’ils aient été l’objet d’une discrimination permanente en Irak depuis 1921 et malgré le fait qu’ils sont l’objet aujourd’hui d’exactions inadmissibles de la part des Kurdes dans le nord de l’Irak.

En effet, depuis la création de l’état irakien en 1921 les Turkmènes sont marginalisés, discriminés et privés de leurs droits les plus élémentaires, dans l’indifférence totale de la communauté internationale. Leur marginalisation a été initiée par les autorités coloniales britanniques après la Première Guerre Mondiale en 1918 pour des raisons géopolitiques et économiques, afin de faciliter la séparation de la Province de Mossoul de l’Empire Ottoman (la Turquie) pour contrôler les champs pétroliers de la ville de Kirkouk qui était habitée exclusivement par des Turkmènes étant donné que cette ville est depuis des siècles leur capitale et leur grand centre culturel.

Après le renversement de la monarchie en Irak le 14 juillet 1958 et le retour du militant kurde Mullah Mustafa Barzani de son exil en Union Soviétique, la situation des Turkmènes s’est détériorée de manière dramatique à cause des ambitions hégémoniques de Mustafa Barzani et de son projet pour un état indépendant kurde dans le nord de l’Irak pour lequel l’accaparation des richesses pétrolières de Kirkouk était une nécessité. Mustafa Barzani et ses partisans alliés aux communistes irakiens ont dominé la politique en Irak sous le Général Kassem de 1958 à 1963 et c’est pendant cette période que les Kurdes ont amplifié leur migration dans la région turkmène, et particulièrement vers la ville de Kirkouk, afin de modifier la démographie de cette importante ville turkmène.

Durant cette période, les Turkmènes ont souffert de marginalisation accrue et d’une double discrimination de la part des Kurdes et du Gouvernement irakien, ils ont été victimes de déportations internes, d’exil, d’arrestations et de détentions arbitraires, de confiscations de leurs biens, de leurs terres agricoles, et le 14 juillet 1959 les responsables politiques et intellectuels Turkmènes ont été massacrés par les Kurdes.

En 1970 pour mettre fin à la rébellion kurde de Mustafa Barzani dans le nord-est du pays, le régime Baath lui a offert une région autonome kurde avec Erbil, une ville Turkmène, comme capitale, ceci en total dénigrement des intérêts légitimes des Turkmènes d’Irak et surtout des 300.000 Turkmènes d’Erbil qui ont été sacrifiés par le régime Baath et offerts comme « cadeau » à Mustafa Barzani pour qu’il mette fin à sa rébellion. Depuis lors ces Turkmènes souffrent de discrimination de la part des Kurdes, ils sont soit « Kurdifiés » ou bien considérés comme citoyens de seconde classe dans la région autonome kurde présidée par M. Massud Barzani et on n’entend plus parler d’eux.

Malheureusement, Barzani n’a pas cessé sa rébellion et a continué à revendiquer Kirkouk et ses richesses pétrolières ce qui a poussé le gouvernement central irakien à adopter la politique d’arabisation de la région turkmène pour couper court aux revendications kurdes sur la province de Kirkouk.

Cette politique d’arabisation a eu pour conséquence d’enlever aux Turkmènes les quelques droits dont ils bénéficiaient encore. Il leur était interdit : de parler la langue turkmène dans les bureaux officiels, d’acheter ou de construire des maisons, de vendre leurs biens à d’autres Turkmènes, etc. Lors du recensement ils ont été forcés de s’enregistrer en tant qu’Arabe ou Kurde, ainsi leur existence en Irak en tant que communauté leur a été officiellement dénigrée.

Aujourd’hui, après près de quatre années de guerre, d’occupation et de changement de régime en Irak, et malgré la propagande de l’administration américaine qu’ils ont apporté la « démocratie » en Irak et que les irakiens ont été « libérés », la réalité est que la situation et les conditions de vie des irakiens et notamment celles des Turkmènes se sont détériorées de manière dramatique. En plus de leur part de misère et d’humiliations résultant de l’occupation étrangère de l’Irak, les Turkmènes sont victimes de l’hégémonie kurde dans le nord du pays et de l’occupation de leur région ‘Turkmeneli’ par les milices kurdes qui se comportent comme des conquérants en pays conquis.Dr. Hassan Aydinli
Représentant des Turkmènes irakiens en Europe

Prétextant que seuls les Kurdes ont été victimes du régime Baath, qu’eux seuls ont été déplacés de force et ont eu leurs biens confisqués à Kirkouk, les partis kurdes de MM Talabani et Barzani ont organisé le transport de quelques 600.000 Kurdes de la région autonome kurde et leur installation dans la province de Kirkouk depuis que Kirkouk est tombé aux mains de leurs milices, les peshmerga, avec la bénédiction des américains le 10 avril 2003.

Ces nouveaux venus à Kirkouk ont reçu de l’aide financière pour venir s’y installer et les autorités kurdes leur ont fourni des cartes d’identités et des documents falsifiés les faisant passer comme Kurdes originaires de Kirkouk, soi-disant expulsés par le régime de Saddam Hussein. Ceci est un mensonge, étant donné que les registres officiels montrent que durant le régime de Saddam moins de 12.000 habitants de Kirkouk ont été expulsés et parmi ceux-ci les Turkmènes représentaient plus de la moitié. Ce qui signifie que moins de 6.000 Kurdes ont été expulsés de Kirkouk par le régime Baath. Ces tromperies de la part des Kurdes, les falsifications des registres officiels, la délivrance de fausses cartes d’identité aux Kurdes ont été rendues possibles par le fait que les milices kurdes avaient pillé les bureaux de la population et d’enregistrement des biens fonciers de Kirkouk et confisqué les registres et les archives dès le premier jour de leur arrivée à Kerkuk le 10 avril 2003.

Dès lors, ce qui a changé pour les Turkmènes depuis le changement de régime en Irak est tout simplement la substitution de l’hégémonie arabe par l’hégémonie kurde, passant de la politique d’Arabisation de l’ancien régime à la politique de « Kurdification » de la région turkmène par les partis kurdes dominants de MM Talabani et Barzani.

Les Turkmènes dénoncent la politique actuelle et refusent l’hégémonie kurde dans leur région et ils revendiquent leur droit d’être reconnus comme le troisième groupe ethnique d’Irak et le droit d’être reconnus comme la troisième communauté principale du pays, avec des droits égaux à ceux des communautés arabes et kurdes.

Les Turkmènes appellent la communauté internationale et l’ONU à intervenir pour éviter la crise imminente au sujet de Kirkouk, de son appartenance et de son futur statut. Depuis l’occupation de l’Irak et la collaboration des Kurdes dans l’invasion du nord de l’Irak, ceux-ci sont favorisés par l’administration américaine qui leur attribue des droits et des avantages au détriment des autre Irakiens, principalement des Turkmènes.

C’est ainsi que les milices kurdes ont été autorisées à pénétrer dans la région turkmène et à y imposer l’hégémonie kurde. Ensuite, dans la rédaction de la nouvelle constitution en 2004, les Kurdes ont été promus au niveau de deuxième communauté principale d’Irak, alors que les Turkmènes ont été de nouveau marginalisés, discriminés et descendus au niveau d’une minorité insignifiante et par conséquent de citoyens de deuxième classe.

De plus, pour légaliser la domination kurde dans le nord de l’Irak, les partis kurdes avec le soutien des occupants américains sont parvenus à inscrire dans la nouvelle constitution l’ Article 140 qui prévoit la normalisation, le recensement et un référendum dans la province de Kirkouk avant le 31 décembre 2007.

Entre-temps, les Kurdes, en préparation pour ce référendum et en coordination avec les américains, ont amené, installé et enregistré, plus de 600.000 Kurdes dans la province de Kirkouk pour changer la démographie de la province et sa composition ethnique afin de l’annexer par référendum dans la région autonome kurde.

Il est à noter que plus de 99% de ces nouveaux arrivés kurdes ne sont pas originaires de Kirkouk, ils n’y ont jamais vécu, travaillé ou possédé de résidences avant l’occupation. Plus grave encore, un grand nombre de ces Kurdes ne sont même pas irakiens, ce sont des Kurdes de Turquie, d’Iran et de Syrie auxquels les partis kurdes ont délivré des passeports irakiens pour les amener et les installer à Kirkouk.

La normalisation signifie le retour dans la province de Kirkouk des déplacés sous le régime Baath et la récupération de leurs biens confisqués ainsi que l’expulsion des Arabes qui ont été amenés et installés à Kirkouk dans le cadre de la politique d’Arabisation du régime Baath.

A ce jour, parmi les 32.000 dossiers de réclamation des habitants de la province de Kirkouk dont les biens avaient été confisqués par le régime Baath, moins de 1.000 dossiers, tous appartenant à des Kurdes, ont été traités et finalisés. Quant au reste des dossiers, tous appartenant à des Turkmènes, ils sont toujours en attente et aucun Turkmène n’a pu récupérer ses biens ! Ceci est une preuve incontestable de discrimination contre les Turkmènes en Irak.

Quant au recensement, les Turkmènes refusent l’inscription dans les registres officiels de la population de Kirkouk de ces 600.000 Kurdes amenés à Kirkouk depuis l’occupation en avril 2003 et évidemment ils demandent l’annulation du référendum si ces 600.000 nouveaux arrivants kurdes y participent.

En conclusion, et à juste titre, les Turkmènes refusent l’annexion de la province de Kirkouk à la région autonome kurde et ils sont supportés dans leur demande par les Arabes et les Chaldéo-assyriens de la province.

Les Turkmènes demandent que la normalisation dans la province de Kirkouk soit faite sous la supervision internationale, l’ONU ou l’Union Européenne.

Les Turkmènes demandent l’organisation d’une conférence internationale pour la paix et la reconstruction de l’Irak avec l’implication de la communauté internationale ainsi que des pays voisins afin de garantir l’unité, la sécurité et la reconstruction de l’Irak.

Les Turkmènes sont le seul groupe ethnique en Irak qui n’a pas de milices armées, ils sont pacifistes et rejettent la violence et l’existence des milices. Ils croient dans les vertus des valeurs démocratiques.

Les Turkmènes, comme la grande majorité des irakiens, sont contre l’occupation de l’Irak et demandent le départ immédiat et inconditionnel des forces d’occupation étrangères et ils aspirent à l’établissement d’une véritable démocratie dans un Irak libéré et uni.

 

Février 2007

 

 

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