Irak : la IVe République sans De Gaulle au bout du tunnel

November 28, 2009 at 12:29 pm | Posted in Turkmens | Leave a comment
Tags: ,

Par Georges Malbrunot

 le 27 novembre 2009

Commentaires (1)

 http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2009/11/irak-la-iveme-republique-sans.html

 

Un régime d’assemblée ingouvernable. J’ai assisté avant-hier à une intéressante conférence de la chercheuse Louloua al-Rashid sur l’Irak, dont les conclusions rejoignent largement celles de l’ancien diplomate, Denis Bauchard, de retour lui aussi de Bagdad (lire ici): à savoir que si la sécurité s’était améliorée (400 morts par mois désormais, contre 3.000 il y a deux ans), sur le plan politique, l’avenir reste sombre.

Faute de disposer d’un état fort s’appuyant sur de solides institutions, l’Irak s’enfonce au contraire dans «un système de gouvernement à la libanaise» : un confessionnalisme toujours puissant, avec des potentats locaux disposant de miliciens pour servir leurs desseins, et une corruption largement répandue entre responsables politiques. A moyen terme, aucun d’entre eux n’a intérêt à voir émerger un leader fort, qui mettrait fin à cette situation de rente.

Le système électoral, basé sur la proportionnelle, ne permet pas l’émergence d’une majorité de gouvernement homogène. Le premier ministre, Nouri al-Maliki, même réélu l’année prochaine, devra encore composer avec une coalition, qui ne le laissera pas gouverner, comme il l’entend. Bref, l’Irak d’aujourd’hui, c’est un peu la IVe république, mais sans le général de Gaulle au bout du tunnel ! Et sans jouer les Cassandre, il faudra encore une bonne dizaine d’années avant que l’Irak ne reparte du bon pied, reconnaisse la plupart des experts.

Pour Louloua al-Rashid, l’armée, à l’instar des autres institutions, obéit, ici, à un responsable kurde, là, au premier ministre chiite Nouri al-Maliki, mais elle n’apparaît pas encore comme un instrument fiable au service d’un Etat, capable d’exercer son autorité sur l’ensemble du territoire. Difficile dans ces conditions d’engager une coopération militaire avec l’armée irakienne, comme la France tente pourtant de le faire.

Mais au-delà des enseignements que Louloua al-Rashid tire de son récent séjour en Irak – et qui feront l’objet d’un rapport pour le compte de l’International Crisis Group je vous livre deux anecdotes qu’elle a recueillies à Bagdad et qui en disent long sur l’état d’esprit des dirigeants de l’ancienne Mésopotamie.

Sept ans bientôt après être arrivés dans le sillage des troupes américaines, nombre d’entre eux habitent toujours dans les maisons des ex cadres de la dictature baasiste, mais sans leurs femmes, restées en Jordanie, à Londres, ou ailleurs, bien loin du bourbier irakien. Elles ne sont toujours pas rentrées au pays. Sans doute parce qu’elles n’ont guère confiance dans son avenir. Cruel aveu d’échec !

D’autre part, ajoute Louloua al-Rashid, «souvent au cours de mes entretiens avec des responsables irakiens, ceux-ci interrompaient leurs conversations pour répondre à un appel téléphonique de Jordanie ou d’ailleurs». De quoi discutaient-ils ? De l’avenir de l’Irak ? Vous n’y pensez pas ! «Il s’agissait plutôt de négocier l’achat d’un immeuble, d’une maison ou bien alors de finaliser la signature d’un contrat de reconstruction avec une société étrangère».

Advertisements

Blog at WordPress.com.
Entries and comments feeds.