Parler de la situation des Turkmènes irakiens, par Gilles Munier

July 13, 2013 at 7:51 pm | Posted in Turkmens | Leave a comment
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Parler de la situation des Turkmènes irakiens

Intervention de Gilles Munier

5ème Conférence des médias turkmènes irakiens

(Istanbul – 18 et 19 mai 2013)

Je remercie les organisateurs de cette conférence de m’avoir invité et donné l’occasion de dire quelques mots.

Je suis Français et connais assez bien l’Irak pour y avoir effectué environ 150 voyages depuis 1974. J’y ai accompagné des journalistes, des hommes politiques, des universitaires, des hommes d’affaire… J’ai surtout été témoin des malheurs qui se sont abattu sur ce pays : guerre Iran-Irak, 1ère guerre du Golfe, embargo, 2ème guerre du Golfe… Mon dernier voyage a eu lieu en mars 2003, au cours duquel je me suis rendu à Bagdad et à Mossoul avec une délégation française de spécialistes des armes de destruction massive qui ont dénoncé – preuves à l’appui – les mensonges de George W. Bush et de Tony Blair. J’ai quitté Bagdad la veille du bombardement. Depuis, comme journaliste indépendant, je suis quotidiennement l’actualité de l’occupation du pays – ou de sa double occupation, pour être plus précis – ainsi que les activités de la résistance –  civile ou armée – et, pour revenir au sujet qui nous concerne tous ici : la volonté des dirigeants de la Région autonome du Kurdistan de s’emparer de Kirkouk et de territoires avoisinant gorgés de pétrole, peuplés depuis des siècles par les Turkmènes.

Mon premier passage au Pays des Turkmènesappelés généralement en France : Turcomans – date de 1976. Membre permanent d’une association franco-arabe qui entretenait alors de bonnes relations avec l’Irak, j’accompagnai un cadre d’une chambre de commerce de Bretagne – région située à l’ouest de la France – qui souhaitait rencontrer les dirigeants de la Région autonome du Kurdistan, nouvellement créée. En visitant Erbil, je n’ai pu que constater que la ville était peuplée, pour une large part, de Turkmènes. J’y suis retourné trois fois ensuite et me suis aperçu que la proportion de Kurdes allait grandissante, ce qui me semblait tout naturel puisque la ville était en quelque sorte la capitale du Kurdistan irakien. Je ne savais pas, à l’époque, que Saddam Hussein – alors vice-Président – avait, quelques années plus tôt, autorisé Mustapha Barzani à « kurdiser » Erbil et qu’en dépit de la reprise de la rébellion – soutenue par les Etats-Unis, l’Iran du Chah et Israël -, c’est ce qui était arrivé sous la direction des partis et tribus kurdes liés au pouvoir central.

Quiconque a traversé, comme moi, les ponts sur l’Altun Su ou l’Aq Su à Altun Kopru ou à Tuz Khurmatu – ou est allé à Tel Afar – s’est aperçu que les noms de lieux et la langue des habitants de la région sont différents d’ailleurs en Irak, qu’une minorité méconnue – les Turkmènes – est majoritaire dans toute une partie du pays. Depuis la chute de Bagdad et le déclenchement de conflits ethniques et religieux, grâce à Internet – et malheureusement aux attentats et aux massacres dont sont victimes les Irakiens, les médias font parfois mention des Turkmènes – on en sait plus, dans le monde, sur les Turkmènes irakiens. En Belgique, l’Association des Amitiés Europe- Turkmènes et le Comité pour la Défense des droits des Turkmènes irakiens ont brisé le silence qui entoure trop souvent leur situation. Mais, en Europe, nombreux sont encore ceux qui les assimilent à des colons Turcs installés par l’Empire ottoman. Très peu de gens savent que leur présence est bien antérieure à la prise de Constantinople par les Ottomans.

Dans les années 1970, des intellectuels et des hommes politiques se réunissaient en Europe occidentale pour sensibiliser l’opinion publique au problème kurde. Je dis « problème kurde », mais en fait exclusivement kurde irakien. Aujourd’hui, les Turkmènes irakiens sont plus de 3 millions – c’est-à-dire à peu près le nombre des habitants du Kurdistan irakien dans les années 1970 – et rien ne les empêche d’en faire autant. Les outils de communication –Internet, Facebook, Twitter, You Tube… etc… – leur faciliteront la tâche et leur permettront d’atteindre sans grands frais beaucoup de monde. Ces outils doivent être utilisés au maximum, c’est-à-dire pas seulement en anglais, en arabe ou en turc. Il ne faut pas oublier le Français, l’Espagnole et le Portugais parlés en Afrique et en Amérique latine.

Pour nous, observateurs de ce qui se passe en Irak, il manque une agence de presse qui rendrait compte de l’actualité à Kirkouk et dans le Pays des Turkmènes. Par exemple, des élections provinciales viennent de se dérouler en Irak, on n’en connaît pas le détail. C’est dommage. Toutes les occasions devraient être bonnes pour parler des Turkmènes.

La Turquie pourrait contribuer – grâce à son expérience dans le domaine des médias – à la diffusion des informations qui nous permettraient, dans nos pays respectifs, de mieux informer l’opinion publique sur la question turkmène.

Je vous remercie.

Parler de la situation des Turkmènes irakiens, Gilles Munier

June 1, 2013 at 7:27 pm | Posted in Turkmens | Leave a comment
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Intervention de Gilles Munier (5ème Conférence des médias turkmènes irakiens – Istanbul – 18 et 19 mai 2013)

Je remercie les organisateurs de cette conférence de m’avoir invité et donné l’occasion de dire quelques mots.

Je suis Français et connaît assez bien l’Irak pour y avoir effectué environ 150 voyages depuis 1974. J’y ai accompagné des journalistes, des hommes politiques, des universitaires, des hommes d’affaire… J’ai surtout été témoin des malheurs qui se sont abattu sur ce pays : guerre Iran-Irak, 1ère guerre du Golfe, embargo, 2ème guerre du Golfe… Mon dernier voyage a eu lieu en mars 2003, au cours duquel je me suis rendu à Bagdad et à Mossoul avec une délégation française de spécialistes des armes de destruction massive qui ont dénoncé –preuves à l’appui – les mensonges de George W. Bush et de Tony Blair. J’ai quitté Bagdad la veille du bombardement. Depuis, comme journaliste indépendant, je suis quotidiennement l’actualité de l’occupation du pays – ou de sa double occupation, pour être plus précis – ainsi que les activités de la résistance –  civile ou armée – et, pour revenir au sujet qui nous concerne tous ici : la volonté des dirigeants de la Région autonome du Kurdistan de s’emparer de Kirkouk et de territoires avoisinant gorgés de pétrole, peuplés depuis des siècles par les Turkmènes.

Mon premier passage au Pays des Turkmènes – appelés généralement en France : Turcomans – date de 1976. Membre permanent d’une association franco-arabe qui entretenait alors de bonnes relations avec l’Irak, j’accompagnai un cadre d’une chambre de commerce de Bretagne – région située à l’ouest de la France – qui souhaitait rencontrer les dirigeants de la Région autonome du Kurdistan, nouvellement créée. En visitant Erbil, je n’ai pu que constater que la ville était peuplée, pour une large part, de Turkmènes. J’y suis retourné trois fois ensuite et me suis aperçu que la proportion de Kurdes allait grandissante, ce qui me semblait tout naturel puisque la ville était en quelque sorte la capitale du Kurdistan irakien. Je ne savais pas, à l’époque, que Saddam Hussein – alors vice-Président – avait, quelques années plus tôt, autorisé Mustapha Barzani à« kurdiser » Erbil et qu’en dépit de la reprise de la rébellion – soutenue par les Etats-Unis, l’Iran du Chah et Israël -, c’est ce qui était arrivé sous la direction des partis et tribus kurdes liés au pouvoir central.

Quiconque a traversé, comme moi, les ponts sur l’Altun Su ou l’Aq Su à Altun Kopru ou à Tuz Khurmatu – ou est allé  à Tel Afar – s’est aperçu que les noms de lieux et la langue des habitants de la région sont différents d’ailleurs en Irak, qu’une minorité méconnue – les Turkmènes – est majoritaire dans toute une partie du pays. Depuis la chute de Bagdad et le déclenchement de conflits ethniques et religieux, grâce à Internet – et malheureusement aux attentats et aux massacres dont sont victimes les Irakiens, les médias font parfois mention des Turkmènes – on en sait plus, dans le monde, sur les Turkmènes irakiens. En Belgique, l’Association des Amitiés Europe- Turkmènes et le Comité pour la Défense des droits des Turkmènes irakiens ont brisé le silence qui entoure trop souvent leur situation. Mais, en Europe, nombreux sont encore ceux qui les assimilent à des colons Turcs installés par l’Empire ottoman. Très peu de gens savent que leur présence est bien antérieure à la prise de Constantinople par les Ottomans.

Dans les années 1970, des intellectuels et des hommes politiques se réunissaient en Europe occidentale pour sensibiliser l’opinion publique au problème kurde. Je dis « problème kurde », mais en fait exclusivement kurde irakien. Aujourd’hui, les Turkmènes irakiens sont plus de 3 millions – c’est-à-dire à peu près le nombre des habitants du Kurdistan irakien dans les années 1970 – et rien ne les empêche d’en faire autant. Les outils de communication –Internet, Facebook, Twitter, You Tube… etc… – leur faciliteront la tâche et leur permettront d’atteindre sans grands frais beaucoup de monde. Ces outils doivent être utilisés au maximum, c’est-à-dire pas seulement en anglais, en arabe ou en turc. Il ne faut pas oublier le Français, l’Espagnole et le Portugais parlés en Afrique et en Amérique latine.

Pour nous, observateurs de ce qui se passe en Irak, il manque une agence de presse qui rendrait compte de l’actualité à Kirkouk et dans le Pays des Turkmènes. Par exemple, des élections provinciales viennent de se dérouler en Irak, on n’en connaît pas le détail. C’est dommage. Toutes les occasions devraient être bonnes pour parler des Turkmènes.

La Turquie pourrait contribuer – grâce à son expérience dans le domaine des médias – à la diffusion des informations qui nous permettraient, dans nos pays respectifs, de mieux informer l’opinion publique sur la question turkmène.

Je vous remercie.

Par Gilles Munier, sur le même sujet,

lire aussi :
Les Turcomans irakiens :
un peuple oublié ou marginalisé (AFI – Flash – 31 mai 2007)
La poudrière de Kirkouk (AFI – Flash – 27 janvier 2005)
La poudrière de Kirkouk menace d’exploser (Afrique Asie – juillet 2012)
Interview de Hassan Haydinli,  
Président du Comité de Défense des Droits
des Turkmènes Irakiens (20/1/05)
La campagne électorale des législatives en pays turkmène (2/2/10)
La grandeur des Turkmènes irakiens (Afrique Asie – octobre 2007)
Amirli, village turcoman martyr  (AFI – Flash – 4 août 2007)
Les Turkmènes accusent les Etats-Unis d’exacerber les tensions en Irak

Intervention de Gilles Munier – 5ème Conférence des médias turkmènes irakiens – Istanbul 18-19 mai 2013

May 27, 2013 at 4:52 pm | Posted in Turkmens | Leave a comment
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5ème Conférence des médias turkmènes irakiens

Istanbul 18-19 mai 2013

Intervention de Gilles Munier
Journaliste indépendant, écrivain*
Je remercie les organisateurs de cette conférence de m’avoir invité et donné l’occasion de dire quelques mots.

Je suis Français et connaît assez bien l’Irak pour y avoir effectué environ 150 voyages depuis 1974. J’y ai accompagné des journalistes, des hommes politiques, des universitaires, des hommes d’affaire… J’ai surtout été témoin des malheurs qui se sont abattu sur ce pays : guerre Iran-Irak, 1ère guerre du Golfe, embargo, 2èmeguerre du Golfe… Mon dernier voyage a eu lieu en mars 2003, au cours duquel je me suis rendu à Bagdad et à Mossoul avec une délégation française de spécialistes des armes de destruction massive qui ont dénoncé – preuves à l’appui – les mensonges de George W. Bush et de Tony Blair. J’ai quitté Bagdad la veille du bombardement. Depuis, comme journaliste indépendant, je suis quotidiennement l’actualité de l’occupation du pays – ou de sa double occupation, pour être plus précis – ainsi que les activités de la résistance –  civile ou armée – et, pour revenir un sujet qui nous concerne tous ici : la volonté des dirigeants de la Région autonome du Kurdistan de s’emparer de Kirkouk et de territoires avoisinant gorgés de pétrole, peuplés depuis des siècles par les Turkmènes.

Mon premier passage au Pays des Turkmènes –appelés généralement en France : Turcomans – date de 1976. Membre permanent d’une association franco-arabe qui entretenait alors de bonnes relations avec l’Irak, j’accompagnai un cadre d’une chambre de commerce de Bretagne – région située à l’ouest de la France – qui souhaitait rencontrer les dirigeants de la Région autonome du Kurdistan, nouvellement créée. En visitant Erbil, je n’ai pu que constater que la ville était peuplée, pour une large part, de Turkmènes. J’y suis retourné trois fois ensuite et me suis aperçu que la proportion de Kurdes allait grandissante, ce qui me semblait tout naturel puisque la ville en quelque sorte la capitale du Kurdistan irakien. Je ne savais pas, à l’époque, que Saddam Hussein – alors vice-Président – avait quelques années plus tôt, autorisé Mustapha Barzani à « kurdiser » Erbil et qu’en dépit de la reprise de la rébellion –soutenue par les Etats-Unis et l’Iran de Chah -, c’est ce qui était arrivé sous la direction des partis et tribus kurdes liés au pouvoir central.

Quiconque a traversé, comme moi, les ponts sur l’Altun Su ou l’Aq Su à Altun Kopru ou à Tuz Khurmatu – ouest allé  à Tel Afar – s’est aperçu que les noms de lieux et la langue des habitants de la région sont différents d’ailleurs en Irak, qu’une minorité méconnue – les Turkmènes – est majoritaire dans toute une partie du pays. Depuis la chute de Bagdad et le déclenchement de conflits ethniques et religieux, grâce à Internet – et malheureusement aux attentats et aux massacres dont sont victimes les Irakiens, les médias font parfois mention des Turkmènes– on en sait plus, dans le monde sur les Turkmènes irakiens. En Belgique, l’Association des Amitiés Europe- Turkmènes et le Comité pour la Défense des droits des Turkmènes irakiens a brisé le silence qui entoure trop souvent leur situation. Mais, en Europe, nombreux sont encore ceux qui les assimilent à des colons Turcs installés par l’Empire ottoman. Très peu savent que leur présence est bien antérieure à la prise de Constantinople par les Ottomans.

Dans les années 1970, des intellectuels et des hommes politiques se réunissaient en Europe occidentale pour sensibiliser l’opinion publique au problème kurde. Je dis « problème kurde »,mais en fait exclusivement kurde irakien. Aujourd’hui, les Turkmènes irakiens sont plus de 3 millions – c’est-à-dire à peu près le nombre des habitants du Kurdistan irakien dans les années 1970 – et rien ne les empêche d’en faire autant. Les outils de communication –Internet, Facebook, Twitter, You Tube… etc… – leur faciliteront la tâche et leur permettront d’atteindre sans grands frais beaucoup de monde. Ces outils doivent être utilisés au maximum, c’est-à-dire pas seulement en anglais, en arabe ou en turc. Il ne faut pas oublier le Français, l’Espagnole et le Portugais parlés en Afrique et en Amérique latine.

Pour nous, observateurs de ce qui se passe en Irak, il manque une agence de presse qui rendrait compte de l’actualité à Kirkouk et dans le Pays des Turkmènes. Par exemple, des élections provinciales viennent de se dérouler en Irak, on n’en connaît pas le détail. C’est dommage. Toutes les occasions devraient être bonnes pour parler des Turkmènes.

La Turquie pourrait contribuer – grâce à son expérience dans le domaine des médias – à la diffusion des informations qui nous nous permettraient de mieux informer l’opinion publique dans nos pays respectifs.

Je vous remercie.

* Gilles Munier es l’auteur du Guide de l’Irak(2000) et de Les Espions de l’Or Noir (2005), Gilles Munier collabore au magazine françaisAfrique Asie et anime le blog France-Irak-Actualite.com.

Contact : gilsmun@gmail.com

Irak: La poudrière de Kirkouk menace d’exploser, Gilles Munier

July 3, 2012 at 6:23 pm | Posted in Turkmens | Leave a comment
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Irak

Irak: La poudrière de Kirkouk menace d’exploser
Gilles Munier

 

Mardi 3 juillet 2012

Par Gilles Munier (Afrique Asie – juillet 2012)

Massoud Barzani, président de la Région autonome du Kurdistan, a pris la tête de l’opposition irakienne en déclarant l’Irak « au bord du gouffre » et en accusant le Premier ministre Nouri al-Maliki de monopoliser le pouvoir. Depuis octobre 2011, suite à la signature d’un contrat autorisant ExxonMobil à prospecter six champs pétroliers dans sa région, il ne rate aucune occasion de déclarer que Maliki nourrit des ambitions dictatoriales. Il juge à juste titre « inacceptable »qu’un Premier ministre soit à la fois « ministre de la Défense, ministre de l’Intérieur, chef des renseignements et commandant en chef des forces armées ».

Mais, renverser Maliki démocratiquement n’est pas une mince affaire. En visite aux Etats-Unis, en avril dernier, Barzani a comparé la présence d’Exxon au Kurdistan à celle de plusieurs divisions militaires américaines et dit qu’elles, au moins, ne se retireraient pas sur un coup de fil du Pentagone ! (1) Il a salué la création d’un US-Kurdistan Business Council. Ce consortium est présidé par le général James Jones, ancien conseiller à la sécurité nationale de Barack Obama, très apprécié des Barzani. Il commandait l’unité de Marines envoyée au Kurdistan en avril 1991 pour soutenir les peshmergas aux prises avec l’armée irakienne, dans le cadre de l’opération Provide Comfort.

La carte du nationalisme

Dès son retour de Washington, Barzani a confirmé son refus de livrer à Bagdad le vice-Président irakien Tarek al-Hashemi sous le coup d’un mandat d’arrêt irakien pour terrorisme et a annoncé la tenue d’une réunion de dirigeants irakiens à Erbil pour « sauver» le pays et adopter des « solutionsradicales ». Résultat : quelques jours plus tard, Iyad Allaoui – chef du bloc Iraqiya, majoritaire aux dernières législatives – Moqtada al-Sadr et Oussama al-Nujafi, président du Parlement, ont lancé un appel réclamant plus de démocratie dans la gestion du pays et ont demandé à Nouri al-Maliki de ne pas briguer un troisième mandat en 2014. Se doutant de la réponse, ils tentent depuis de réunir suffisamment de députés pour mettre le chef du gouvernement en minorité au Parlement. Sans succès.

Fin manœuvrier, Nouri al-Maliki a contre-attaqué en jouant la carte du nationalisme irakien. Il a convoqué un Conseil des ministres à Kirkouk pour déclarer la ville irakienne et a exigé le départ des forces non officielles, autrement dit des milices kurdes et du Parastin, service secret dirigé par le fils aîné de Barzani, Masrour. Sous prétexte d’assurer la sécurité de la réunion, évidement boycottée par ses ministres kurdes, il a ordonné le déploiement de forces anti-terroristes venues de Bagdad, disposant d’armement lourd et d’hélicoptères. Elles y sont toujours.

L’opération lui a permis de diviser ses détracteurs arabes sunnites. Necmeddin Kerim, gouverneur membre de l’UPK de Jalal Talabani, et Turan Hasan Bahaa Eddin, président turkmène de l’Assemblée provinciale, lui ont réservé un accueil qui n’était pas uniquement protocolaire. Aujourd’hui, plusieurs membres du Front Turkmène, ayant soutenu la liste Iraqiya aux élections de 2010, ont l’impression qu’Iyad Allaoui les a « vendus » aux Kurdes en échange du soutien de Barzani dans sa querelle avec Maliki.

Le 13 mai dernier, nouvelles provocations de Maliki : interrogé par une radio privée, il a déclaré que l’article 140 de la Constitution qui prévoit un recensement et un référendum à Kirkouk pour décider de l’avenir de la province, est l’œuvre d’un « ignorant ». Puis il a fait courir le bruit q’une rencontre secrète entre Barzani et Allaoui, avait débouchée sur un accord permettant aux Kurdes d’annexer Kirkouk et la plaine de Mossoul.

Fin mai, Al-Dawa, le parti de Maliki, a accusé le Kurdistan de complicité avec Israël, produisant un rapport iranien certifiant que le commando du Mossad ayant assassiné des scientifiques nucléaires avait pénétré en Iran par le nord de l’Irak. Une liste d’agents locaux était jointe au document. Quelques semaines plus tôt, Hussein al-Sharistani, vice-Premier ministre chargé de l’Energie, avait dénoncé la contrebande de pétrole entre le Kurdistan et Israël via le port jordanien d’Aqaba.

Bombarder Erbil

Depuis 2003, le partage des ressources pétrolières de la province de Kirkouk est remis en cause régulièrement. Les attentats d’Al-Qaïda et d’Ansar al-islam et les exécutions ciblées se succèdent. Le recensement de la population, préalable à une consultation électorale, est sans cesse repoussé. Les litiges résultant de l’arabisation de la région sous Saddam Hussein – déplacements de population, terres confisquées – sont loin d’être résolus. Sur les 250 000 habitants supposés avoir été expulsés par le régime baasiste, seuls 38 000 dossiers ont été déposés depuis 2003. En 2011, on estimait à 5 000 le nombre de cas réglés. Comment pourraient-ils l’être puisque les dirigeants kurdes refusent de démolir les maisons construites par les colons kurdes sur des terres ne leur appartenant pas ? En revanche, les bâtiments « illégaux » appartenant aux minorités locales sont détruits sans discussion. La démolition d’une Husseiniyah – lieu de culte chiite – dans un quartier turkmène a provoqué deux jours d’émeutes, au point que l’opération a été suspendue.

Massoud Barzani et de nombreux hommes politiques irakiens pensent que Nouri al-Maliki est capable de tout s’il est mis en minorité au Parlement. Kirkouk et son pétrole se retrouveraient alors au cœur d’un conflit sanglant. En avril, en conférence de presse à Washington, le chef kurde a raconté qu’en réponse à des officiers irakiens lui suggérant de bombarder Erbil, Maliki a répondu : « Attendez l’arrivée des F-16» ! Dix huit avions de chasse sont en effet en attente de livraison. Barzani, Israël et le Koweït voudraient bien qu’Obama suspende leur remise. L’annonce qu’ils ne seront pas armés de missiles de dernière génération ne suffit pas à les rassurer. Arshad Salhi, président du Front turkmène a demandé, début juin, le déploiement d’une force de sécurité de l’ONU pour protéger la population. Le mieux, dit-il, serait de déclarer l’article 140 nul et non avenu et de rechercher un compromis satisfaisant Erbil, Bagdad… et les habitants de Kirkouk. Avant qu’il ne soit trop tard…

(1) Massoud Barzani a sans doute raison de comparer la présence d’Exxon au Kurdistan à celle de plusieurs divisions militaires américaines et de dire qu’elles, au moins, ne se retireraient pas sur un coup de fil du Pentagone. Selon l’International Herald Tribune (12/6/12), la compagnie pétrolière américaine gère « une des plus grandes opérations de lobbying de Washington, avec une vingtaine d’ex-sénateurs, de députés et de conseillers juridiques travaillant comme ses employés… comme elle opère dans 200 pays ou territoires, on peut dire qu’elle a sa propre politique étrangère, qui diffère parfois de celle du gouvernement US ». (B.I – juillet/août 2012)

© G. Munier/X. Jardez
Publié le 3 juillet 2012 avec l’aimable autorisation de Gilles Munier

Retour de Libye, Interview de Gilles Munier

June 26, 2011 at 9:30 pm | Posted in Turkmens | Leave a comment
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Retour de Libye

 Interview de Gilles Munier (7 Jours – 24/6/11)

    Le rennais Gilles Munier, connu pour son soutien au peuple irakien lors des guerres du Golfe et de la période d’embargo, vient de passer une semaine à Tripoli, bombardée quotidiennement par les chasseurs de l’OTAN. Il envisage d’y retourner « pour recueillir les témoignages des dirigeants sur le rôle joué par les services secrets occidentaux et le pétrole dans l’éclatement ou l’étouffement des révolutions arabes », et actualiser, dit-il, son dernier livre : Les espions de l’or noir.  

Q : Comment la France est-elle perçue à Tripoli ?

 

 La France, bien, mais pas Nicolas Sarkozy. Des affiches apposées sur les murs de la ville le traitent de « tueur d’enfants libyens ». Personne ne comprend pourquoi il s’en est pris à Kadhafi après l’avoir reçu avec tous les honneurs à Paris. Les Libyens, disent-ils, sont capables de régler leurs problèmes intérieurs seuls. De plus, ils craignent une irakisation de la crise. La région de Benghazi est devenue une terre de djihad pour les extrémistes proches de l’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique). Des armes, des missiles sont entre leurs mains, et peut être demain du gaz moutarde. Voilà ce qui arrive quand on joue aux apprentis sorciers !

Q : Des avocats, notamment Jacques Vergès et Roland Dumas, veulent porter plainte contre Nicolas Sarkozy pour « crime contre l’humanité » ou « crime de guerre ». Est-ce bien réaliste ?

Il y a eu environ dix civiles libyens tués tous les jours depuis le début de l’intervention, trois fois plus de blessés. Le 7 juin, la veille de mon arrivée, une soixantaine de missiles sont tombés sur Tripoli, faisant 21 morts et des dizaines de blessés. C’était la façon de l’OTAN de fêter l’anniversaire de Kadhafi qui tombe ce jour-là. J’ai visité un hôpital : les larmes montent aux yeux devant tous ces blessés. La justice internationale instruira le procès intenté à Sarkozy sans parti pris, du moins je j’espère.

Q : Pensez-vous que Kadhafi sera renversé ?

Tout est possible. Mais, le leader libyen a plus d’un tour dans son sac. C’est un grand joueur d’échecs. Cependant, il suffirait qu’un missile frappe un des ses refuges pour qu’il disparaisse. Le 30 avril, l’OTAN l’a raté de peu. Il venait de quitter son domicile familial avec son épouse. Un de ses fils et trois de ses petits-enfants ont été tués. Les Libyens pensent que les chasseurs étaient français, des Rafales. Aïcha Kadhafi, qui a perdu dans l’opération sa fille de 4 mois, a porté plainte à Paris contre Nicolas Sarkozy et Gérard Longuet. Aujourd’hui, à Tripoli, il est question de constitution démocratique, de liberté de la presse et d’élection présidentielle. Cela permettrait de sortir de la crise par le haut. Hillary Clinton dit que c’est trop tard. Pourquoi ? Il n’est jamais trop tard, sauf si l’objectif de l’OTAN n’est pas la démocratie. J’ai rencontré Ali al-Ahwal, coordinateur général des 2000 tribus et clans libyens. Pour lui, la disparition brusque de Kadhafi déboucherait sur une guerre civile avec des conséquences de l’autre côté de la Méditerranée.

Par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-retour-de-libye-77856176.html

Les Turkmènes accusent les Etats-Unis d’exacerber les tensions en Irak

January 23, 2011 at 2:27 pm | Posted in Turkmens | Leave a comment
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Les Turkmènes accusent les Etats-Unis d’exacerber les tensions en Irak

France-Irak Actualité, le blog de Gilles Munier

   Le Front Turkmène, principale organisation représentant les Turkmènes (ou Turcomans) d’Irak, exige que James F. Jeffrey, ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, mette fin «à ses ingérences dans les affaires intérieures irakiennes ». Il l’accuse d’exacerber les tensions ethniques et religieuses dans la province de Kirkouk.

   James Jeffrey a demandé récemment l’application du paragraphe 140 de la nouvelle constitution irakienne, qui prévoit l’organisation d’un référendum permettant le rattachement de la province à la Région autonome du Kurdistan.

   Or, en Irak, chacun sait que, depuis avril 2003, Kirkouk a été littéralement envahie par des dizaines de milliers de Kurdes, envoyés par Massoud Barzani et Jalal Talabani pour changer la composition ethnique de la ville, gagner le referendum, et s’emparer des champs pétroliers. Les Turkmènes et les Arabes, historiquement majoritaires dans la région, réclament la modification de l’article 140.

Source : Iraqi Turkmen tell U.S. ambassador to stop meddling in domestic affairs, par Marwan al-Aani

http://www.azzaman.com/english/index.asp?fname=news\2011-01-19\kurd.htm

A propos de Kirkouk

et des Turkmènes (Turcomans),

 lire aussi:

Les Turcomans irakiens :

un peuple oublié ou marginalisé (mai 2007)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/turcomans-peuple-oublie-ou-marginalise-mai-2007–1982366.html

Turcomans: Interview du Dr. Hassan Aydinli (janvier 2005)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/Turcomans_Interview_du_Dr_Hassan_Aydinli_20105-1985558.html

La poudrière de Kirkouk (janvier 2005)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/petrole-la-poudriere-de-kirkouk-21-1-05–1982562.html

La misérable vengeance des “ex-otages” américains en Irak

September 29, 2010 at 8:42 am | Posted in Turkmens | Leave a comment
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La misérable vengeance des “ex-otages” américains en Irak

Par Gilles Munier

 Le régime de Bagdad a décidé de suspendre le versement de 400 millions de dollars aux citoyens américains qui prétendent avoir été torturés, maltraités, ou traumatisés, lors de la crise du Golfe, fin 1990  (1). Cette somme doit être ponctionnée sur les fonds encore gelés du programme « Pétrole contre nourriture » (2), un scandale de plus commis par les Etats-Unis qui n’ont cessé – avec l’aval de l’ONU – de considérer l’Irak comme une pompe à fric.

   Nouri al-Maliki, en répondant au chantage des avocats new-yorkais qui réclamaient – pourquoi pas ? –  plusieurs milliards de dollars, voulait annoncer la fin des sanctions toujours imposées à l’Irak par le Chapitre 7 de la Charte de l’ONU, et booster sa campagne pour se faire réélire Premier ministre. La révélation de cet accord honteux par le Christian Science Monitorsigné discrètement le 2 septembre 2010 par James Jeffrey, nouvel ambassadeur des Etats-Unis, et le Kurde Hoshyar Zebari, ministre irakien des Affaires étrangères – a eu un effet contraire à ce qu’il espérait. L’article a soulevé une vague de protestations indignées jusque dans le camp des partisans du régime. Puis, David Ranz, porte-parole de l’ambassade des Etats-Unis, a mis fin aux espérances du Premier ministre en affirmant que le paiement des 400 millions de dollars n’était qu’une étape pour régler le contentieux Irak-Onu, se gardant bien de dire quelles seraient les autres. Pour calmer les esprits, Al-Maliki a, comme on dit, « botté en touche », laissant le soin à un comité parlementaire d’approuver ou non l’accord Jeffrey-Zebari (2). Il se réunira après l’élection du Président du Parlement, étape précédant celle du Président de la République, puis du prochain Premier ministre…

Souvenirs de l’affaire dite des « otages »

   Je peux témoigner de ce que j’ai vu à Bagdad en octobre 1990, ayant été – avec quelques autres –  un des acteurs de l’affaire dite des « otages ». Après l’entrée des troupes irakiennes au Koweït, le 2 août, tous les étrangers résidant en Irak ou au Koweït avaient été rassemblés dans les hôtels 5 étoiles de la capitale irakienne. Comme Secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, j’étais venu demander aux autorités irakiennes de laisser partir les Français. Les étrangers étaient répartis en deux catégories. Ceux vivant en Irak, qualifiés d’ « invités », étaient libres de leurs mouvements dans la ville. Les autres, arrêtés au Koweït, étaient installés à l’Hôtel Mansour Melia, sur la rive droite du Tigre, avec interdiction d’en sortir. Certains d’entres eux – pas seulement des Etatsuniens – étaient placés sur des sites stratégiques pour dissuader l’aviation américaine de bombarder.

   Pendant mon séjour, je n’ai jamais entendu parler de tortures ou de mauvais traitements. Si certains étrangers ont été malmenés, il devait s’agir d’actes individuels. En tout cas, ces derniers n’ont pas été jugés suffisamment graves, à l’époque, pour que les Etats-Unis les dénoncent ou les médiatisent. Les dirigeants irakiens que j’ai rencontrés pendant les deux semaines que j’ai passées à Bagdad – Taha Yassin Ramadan (vice-Président de la République), Tarek Aziz (ministre des Affaires étrangères) et Latif Nsayef Jassem (ministre de l’Information) – tenaient tous à ce que les étrangers retenus, y compris américains, soient bien traités. Ils auraient, sans aucun doute, réagi avec sévérité si des sévices leur avaient été infligés. En revanche, j’ai constaté que la plupart des « otages » européens ne comprenaient pas ce qui leur arrivait, étaient inquiets, et certains – une minorité – plutôt dépressifs. Les Américains, en situation plus difficile, devaient l’être d’autant plus.

   Sur les quelque 2000 Américains arrêtés au Koweït, environ 120 auraient été transférés sur des sites stratégiques. Avant mon arrivée à Bagdad, en même temps que Hachemi Bounini (ancien Président de la Fédération des Français musulmans), le pasteur baptiste Jesse Jackson et l’ancien Président algérien Ahmed Ben Bella, étaient repartis avec les femmes américaines, leurs enfants et des malades. D’autres « invités » les suivirent avec, notamment, John Connally (ancien gouverneur du Texas), Ramsey Clark (ancien Procureur général des Etats-Unis du Présiden Lyndon Johnson), Muhammad Ali, l’ancien chancelier allemand Willy Brandt, le chanteur Yusuf Islam (ex Cat Stevens), le Président autrichien Kurt Waldheim, Jean-Marie Le Pen. Enfin, le 6 décembre 1990, après un entretien avec le roi Hussein de Jordanie, Saddam Hussein ordonna la libération de tous les Américains. Dans ses mémoires, Joseph Wilson (3), chargé d’affaires américain à Bagdad, raconte que le débriefing des « boucliers humains » permit quelques semaines plus tard, au cours de l’opération Tempête du désert, de bombarder avec plus de précision les sites où ils avaient été placés !

Il faut être sans amour propre pour maintenir une plainte pour mauvais traitement contre l’Irak après deux guerres américaines et un embargo international dont le bilan total dépasse, au bas mot, les 3 millions de morts. Venant d’un pays où l’argent est roi, qui a enfermé les Japonais et les citoyens américains d’origine japonaise dans des camps de concentration pendant la Seconde guerre mondiale (4), et qui a torturé ces dernières années des musulmans sur simples soupçons ou dénonciations calomnieuses, pour les emprisonner ensuite, sans procès, dans l’enfer de Guantanamo, on peut s’attendre à tout.

Notes :

(1) Iraq postpone the payment of compensation to American citizens and submit them to parliament

http://theiraqidinar.com/2010/09/23/iraq-postpone-the-payment-of-compensation-to-american-citizens-and-submit-them-to-parliament/

(2) Iraq to pay $400 million for Saddam’s mistreatment of Americans par Jane Arraf (Christian Science Monitor – 9/9/10).

http://www.csmonitor.com/World/Middle-East/2010/0909/Iraq-to-pay-400-million-for-Saddam-s-mistreatment-of-Americans

 (3) The Politics of Truth, Ed. Carroll & Graf, New York (avril 2004) – L’ambassadeur Joseph Wilson est l’époux de Valérie Plame, dénoncée par des journalistes américains néo-conservateurs, comme agent de la CIA. Envoyé en mission au Niger, en février 2002, pour savoir si l’Irak s’y était procuré de l’uranium, Joseph Wilson en était revenu persuadé non seulement du contraire mais que les documents sur lesquels se basaient l’administration Bush pour accuser Saddam Hussein de construire une bombe A, étaient des faux. Le dévoilement des activités de son épouse, qui a provoqué un scandale retentissant – livrer l’identité d’un agent secret est un crime, selon la loi –  a eu lieu après qu’il ait déclaré au New York Times (6/7/03) que les Etats-Unis « étaient entrés en guerre sous de faux prétextes ».

(4) Environ 127 000 Japonais et Américains d’origine japonaise furent internés dans une dizaine de camps sur ordre du Président Franklin Roosevelt. Le général responsable du Commandement la zone Ouest au ministère de la Guerre justifiait ainsi ces déportations: « La race japonaise est une race ennemie, et même si des Japonais de deuxième ou de troisième génération nés sur le sol des Etats-Unis en possèdent la nationalité et sont américanisés, l’héritage racial demeure intact ». En 1948, certaines victimes furent indemnisées, mais uniquement en dédommagement des pertes matérielles qu’elles avaient subies. Le caractère injustifié de leur détention n’était pas pris en ligne de compte. Il a fallu attendre 1988 pour que le gouvernement étatsunien présente ses excuses aux victimes.

Par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-la-miserable-vengeance-des-ex-otages-americains-en-irak-57902537.html

Irak – Affaire “Pétrole… sans nourriture”, par Gilles Munier

July 22, 2010 at 2:12 am | Posted in Turkmens | Leave a comment
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Affaire “Pétrole… sans nourriture”

Par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-affaire-petrole-sans-nourriture-54249549.html

 

   Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a annoncé le 19 juillet 2010 (1) que de « nombreux besoins » en nourriture, et en abris pour les « personnes déplacées »euphémisme utilisé pour désigner les Irakiens victimes des opérations de nettoyage ethnique organisées par les milices pro-iraniennes –  prévus par son Plan d’action 2010 ne pourront pas être assurés, faute de moyens financiers. Extraits du communiqué :

– Les distributions de nourriture à 800.000 femmes enceintes et allaitantes et à des enfants mal-nourris ont dû être suspendues, 

Les distributions de nourriture à 960.000 enfants allant à l’école ont également été suspendues,

Les conditions d’existence de 500 000 personnes affectées par la sécheresse dans les gouvernorats de Soulimaniya et Dohouk sont menacées,

Le plan d’action pour aider 22.500 familles déplacées vulnérables avec des abris d’urgence va devoir être suspendu. Des milliers de ménages vont devoir continuer à vivre dans des abris de fortune, sans pouvoir se protéger des conditions climatiques extrêmes.

Où passe l’argent du pétrole ?

   Sept ans après l’invasion de l’Irak et le renversement du Président Saddam Hussein, le régime de Bagdad rongé par la corruption (2) quémande toujours des fonds à des pays donateurs, mais avec de moins en moins de résultat. Cette année, sur 187,7 millions de dollars  requis pour la mise en œuvre du plan humanitaire de l’ONU, seulement 12% des promesses de financement ont été honorés. Et pour cause : selon Hussein al-Sharistani, ministre du Pétrole, les revenus pétroliers irakiens se montent à 171 milliards de dollars pour la période 2006 /2009. L’Irak produit aujourd’hui 2,5 millions de barils de brut par jour. Question : où passe l’argent du pétrole ?

   A Bagdad et à Erbil (Région autonome du Kurdistan), les contrats dits de reconstruction sont signés avec des entreprises étrangères en fonction des avances sur commissions qu’ils génèrent. Tant pis si les travaux ne sont pas réalisés, pour des raisons de sécurité ou pour engagements non tenus (3). L’inculpation récente de Tarek Aziz pour « dilapidation des deniers publics »décision prise sans doute pour relancer l’affaire « Pétrole contre nourriture » et faire chanter des personnalités étrangères – ne trompe pas les Irakiens qui savent que l’argent du pétrole engraisse les comptes bancaires ouverts dans des paradis fiscaux par les politiciens et les chefs de milices parvenus au pouvoir en 2003.

Notes :

(1) Iraq : le manque de fonds menace la distribution de l’aide alimentaire

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=22456&Cr=Iraq&Cr1=

(2) L’Irak est un des quatre pays les plus corrompus au monde, selon l’ONG Transparency International (rapport 2009).

(3) Lire : Sarkozy et le commerce franco-irakien / Arnaques et pièges en tous genres

http://www.france-irak-actualite.com/pages/Sarkozy_et_le_commerce_francoirakien_avril_2009-1982461.html

 (4) Irak : quand le pétrole assure des revenus juteux

http://www.leblogfinance.com/2010/07/irak-quand-le-petrole-assure-des-revenus-juteux.html

 

Un crime au Kurdistan irakien, par Gilles Munier

May 19, 2010 at 9:19 am | Posted in Turkmens | Leave a comment
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Un crime au Kurdistan irakien

 France-Irak-Actualité

http://www.france-irak-actualite.over-blog.org/article-un-crime-au-kurdistan-irakien-50652738.html

 L’Agence de sécurité de la Région kurde (SAKR), service de renseignement plus connu sous le nom de Parastin, accuse le parti d’opposition kurde Gorran d’avoir attisé les tensions au Kurdistan irakien en la rendant responsable de l’assassinat du journaliste Sardasht Osman. Le jeune homme (23 ans) a été enlevé en plein jour, le 4 mai, devant l’université Salah Eddine (Saladin) à Erbil, où il étudiait. Les gardiens de l’établissement dépendant de l’Unité Zerevani, du PDK (Parti démocratique du Kurdistan, dirigé par Massoud Barzani, président de la Région autonome), ne sont pas intervenus. Sardasht Osman dénonçait la corruption et le népotisme au Kurdistan. Il avait publié un article satirique titré : « Je suis amoureux de la fille de Massoud Barzani » où il énumérait les avantages – exorbitants – dont bénéficient les membres de la famille Barzani, et – surtout –  brisé un tabou en signalant que les palais du président kurde sont protégés par des Israéliens.

Deux balles dans la tête

   Ayant fait l’objet de menaces de mort, Sardasht Osman avait écrit en janvier dernier : « Ces derniers jours, pour la première fois, on me dit que ma vie touche à sa fin, et, comme ils disent, que ma permission de respirer ne sera bientôt plus valable, mais je ne crains ni la mort ni la torture, j’attends ce rendez-vous pour voir mes meurtriers, et je prie pour recevoir une mort tragique digne de ma vie qui fut tragique… J’ai contacté ensuite le brigadier de la police d’Erbil qui m’a dit : “Le portable qui vous menace est extérieur à ce pays!”; il m’a dit aussi qu’à Erbil rien ne se passe, et il m’a répété que je devais avoir un problème personnel. J’ai alors pensé, avec un sourire, qu’il avait peut-être raison et que Nicolas Sarkozy* pouvait m’avoir téléphoné et menacé ! » (1).

   La camionnette où l’ont jeté ses ravisseurs a passé sans difficulté plusieurs postes de contrôle tenus par le PDK. Son corps, portant des traces de torture et deux balles dans la tête, a été retrouvé, le 6 mai, sur une autoroute près de Mossoul. Le Parastin, dirigé par Masrour Barzani (fils de Massoud Barzani), a été aussitôt accusé du meurtre. A l’annonce de la mort de Sardasht Osman, plusieurs centaines d’étudiants ont manifesté devant le siège du PDK à Erbil et à Soulimaniya, 74 journalistes kurdes ont demandé à Hillary Clinton que les Etats-Unis « réagissent de façon appropriée à l’incident ».

Masrour Barzani sur la sellette

   Ce n’est pas la première fois que Masrour Barzani s’en prend violemment à des journalistes. En février 2006, il avait ordonné à ses gardes du corps de tirer – en plein Vienne – sur l’écrivain Kamal Saïd Qadir. Cet intellectuel kurde – citoyen autrichien – connu pour ses articles fustigeant la nomenklatura d’Erbil, avait eu la mauvaise idée d’aller en 2005 au Kurdistan pour se rendre compte de la situation. Arrêté, il avait été condamné à … 30 ans de prison, puis libéré quelques mois plus tard grâce aux pressions exercées par l’Autriche.

   Au Kurdistan irakien, le Parastin et le Dazgay Zaniyari (son alter ego dans le camp de Jalal Talabani) sont régulièrement accusés de détentions arbitraires, de torture, d’exécutions sommaires, et de nettoyage ethnique à Kirkouk et dans les régions limitrophes.

(1) La mort de Serdest Osman et les jeunes Kurdes en colère – Lire dans cet article, la traduction de sa lettre à Massoud Barzani.

http://sohrawardi.blogspot.com/2010/05/la-mort-de-serdest-osman-et-les-jeunes.html

* Nicolas Sarkozy est présenté au Kurdistan irakien comme un des grands supporters du clan Barzani. Lors d’une conférence organisée le 29 janvier dernier, au Sénat français, Masrour Barzani, chef du Parastin, s’est fait le chantre des droits de l’homme. Boris Boillon, ambassadeur de France à Bagdad, qui intervenait à la tribune, ne tarissait pas d’éloges sur la façon dont le Kurdistan irakien est gouverné !

Lire : Les entreprises françaises, cibles de la résistance (AFI-Flash n°103) http://www.france-irak-actualite.com/article-irak-les-entreprises-fran-aises-cibles-de-la-resistance-49188479.html

http://www.france-irak-actualite.over-blog.org/article-un-crime-au-kurdistan-irakien-50652738.html

Irak: La campagne législative en pays turkmène – 3 questions au Dr. Hassan Aydinli, représentant du Front turkmène en Europe

February 3, 2010 at 12:56 am | Posted in Turkmens | Leave a comment
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Nouvelles d’Irak

La campagne législative en pays turkmène
Gilles Munier


Gilles Munier

Mardi 2 février 2010 

3 questions au Dr. Hassan Aydinli
Représentant du Front Turkmène Irakien en Europe

Dr Hassan Aydinli

1)  Combien de partis turcomans seront représentés aux prochaines élections législatives, dans quelles coalitions ?

   Il y a deux catégories de partis :

– Ceux créés par les Turkmènes eux-mêmes et qui défendent réellement la cause turkmène.

– Ceux formés et financés par les Kurdes (Barzani et Talabani). Ils n’ont de Turkmène que le nom et sont au service des intérêts kurdes.

Dans la première catégorie, il y a :

– Le Front Turkmène Irakien est une organisation politique composée de plusieurs partis et associations civiles turkmènes, présidé par le Dr. Saadettin Ergeç. Le Front Turkmène Irakien présente sa propre liste dans la province d’Erbil, partout ailleurs en Irak, le Front Turkmène Irakien est entré en coalition avec la liste Iraqiya menée par Monsieur Iyad Allaoui.

– L’Union Islamique des Turkmènes d’Irak,  parti présidé par Monsieur Abbas al-Bayati. Il présente ses candidats et est entré en coalition avec la liste de Dawlat al-Kanoun menée par Nouri al-Maliki.

– Le parti  AlKarar al Turkmani, présidé par Monsieur Farook Abdullah, fait également partie de la coalition Dawlat al-Kanoun de Nouri al-Maliki.

– Le Parti de Türkmeneli  présidé par Monsieur Riyad Sarikahya se présente aux élections dans la coalition menée par Ammar al-Hakim, chef du Conseil suprême islamique irakien.

– Le mouvement sadriste turkmène de Monsieur Fawzi Akrem Terzi,  fait aussi partie de la coalition d’Ammar al-Hakim. Il est tête de liste dans la province d’Erbil.

 – Le Parti d’Adalat Turkmène, présidé par Monsieur Anwar Bayrakdar est entré dans la coalition d’Al –Tawafuk Al-Iraqi de Ussama Tawfiq Mukhlif.  

   Les autres partis, soi-disant turkmènes, se présentant aux prochaines élections sont au nombre de trois. Ils sont tous dans la coalition kurde Barzani + Talabani. Je ne tiens ni à retenir leurs noms, ni à dire quoi que ce soit à leur sujet. Pour nous, ce sont des partis « cartooniques », c’est-à-dire fabriqués par les Kurdes pour diviser les Turkmènes et assimiler ceux qui sont sous leur contrôle, ou qu’ils emploient.

2) Quelles sont leurs principales revendications 

  Les principales revendications des six partis que j’ai cités sont :

– Préserver l’unité de l’Irak.

– Faire reconnaître les Turkmènes d’Irak comme étant la troisième communauté principale d’Irak avec des droits et des devoirs égaux à ceux reconnus aux Arabes et aux Kurdes en Irak, notamment la reconnaissance de la langue turkmène (le Turc) comme la troisième langue officielle du pays, la participation effective de la communauté turkmène à tous les niveaux du pouvoir en Irak par l’inclusion de leurs représentants politiques dans les organes suprêmes qui dirigent le pays, comme le Conseil de la Présidence, le Conseil du gouvernement, la Présidence du Parlement, le Conseil supérieur de la justice, les états majors de l’armée, de la police et de la sécurité. Les Turkmènes sont exclus de ces organismes depuis l’invasion de l’Irak car le pouvoir politique, sous l’occupation anglo-américaine, dès le 9 avril 2003, a été attribué sur une base ethnico-confessionnelle et exclusivement aux partis ayant collaboré avec les occupants (Kurdes, chiites, et sunnites).

– Modifier la constitution irakienne ou bien écrire une nouvelle constitution moderne compatible avec notre temps en éliminant les terminologies absurdes inclues dans l’actuelle, notamment les territoires contestés et les articles périmés, comme l’article 140 qui concernait l’avenir de la province de Kirkouk, dénommée Al-Tamim par le régime précédent en 1972. La question centrale est l’avenir et l’appartenance de sa capitale, Kirkouk, avec ses énormes gisements pétroliers qui est  historiquement et culturellement turkmène depuis plus de 8 siècles.

   Il est nécessaire de rappeler que Kirkouk a subi deux politiques successives de modifications ethniques ces quatre dernières décades : une politique planifiée d’arabisation systématique et de modification ethnique en faveur des Arabes par le régime précédent entre 1968 et 2003 ; puis une politique préétablie de kurdification et de modification ethnique en faveur des Kurdes. Cette dernière a été plus étendue, plus rapide et plus violente que la précédente. Sa mise en œuvre a débuté le 10 avril 2003 avec l’accord et la complicité des forces d’invasion américaines, quand les milices des partis kurdes « peshmerga » de Barzani et Talabani ont occupé Kirkouk.

– Obtenir pour les Turkmènes d’Irak l’autonomie culturelle dans leur région, c’est à dire la région à majorité turkmène d’Irak appelée la Turkmeneli, située entre celle à majorité arabe et celle à majorité kurde. La Turkmeneli s’étend de Tel Afar à l’ouest de Mossoul jusqu’à Bedre, à l’est de Bagdad.

– Récupérer toutes les propriétés et les terres agricoles appartenant aux Turkmènes qui ont été confisquées par le régime précédent et qui n’ont pas encore été libérées ou rendues.

– Récupérer toutes les propriétés et les terres agricoles appartenant aux Turkmènes qui ont été occupées et confisquées par les milices kurdes depuis le 10 avril 2003.

– Libérer l’Irak des forces d’occupation étrangères.

– Faire de l’Irak un pays unifié, démocratique et moderne, où tous les citoyens seront égaux.

3)  Qu’en est-il de la situation à Kirkouk ?

   La situation actuelle à Kirkouk, qui perdure depuis le 10 avril 2003, n’est ni satisfaisante ni acceptable pour les Turkmènes. Depuis cette date, Barzani et Talabani ont été autorisés, en  collaboration avec l’occupant, à installer leurs peshmergas et plus de 600.000 individus venus de la région autonome kurde pour modifier la composition démographique de la ville. Parmi eux, il y a même des Kurdes non-Irakiens… Cette situation, intolérable, est également dénoncée par les Arabes de Kirkouk.

   Si la nouvelle loi électorale a été aussi difficile à être votée, c’est bien à cause de sa contestation par les Turkmènes et les Arabes de Kirkouk. Grâce à elle, le résultat des élections pour la province  ne sera valable qu’un an. Il sera conditionné à la vérification de l’authenticité des listes d’électeurs établies par les autorités kurdes. S’il s’avère qu’elles ont été gonflées en faveur des Kurdes, une nouvelle liste sera établie et de nouvelles élections législatives auront lieu.

   Nous, Turkmènes, espérons que les élections législatives du 7 mars 2010, qui se dérouleront selon le principe de listes ouvertes, amèneront au parlement une équipe plus patriotique et nationaliste irakienne et moins confessionnelle. Nous espérons qu’elle maintiendra Kirkouk dans un Irak unifié. Nous espérons enfin que la nouvelle majorité rejettera catégoriquement la revendication hégémonique et injustifiée des Kurdes sur la ville et sur les soi-disant « autres territoires contestés ».

© G. Munier/X.Jardez
Publié le 2 février 2010 avec l’aimable autorisation de Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-irak-campagne-electorale-en-pays-turkmene-44102360.html

 

(31/1/10)

 

Lire aussi :

Les Turcomans : peuple oublié ou marginalisé (mai 2007)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/turcomans-peuple-oublie-ou-marginalise-mai-2007–1982366.html

Interview du Dr. Hassan Aydinli (janvier 2005)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/Turcomans_Interview_du_Dr_Hassan_Aydinli_20105-1985558.html

 

  Source : Bulletin des Amitiés franco-irakiennes
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