IRAK: Le martyre des bébés de Falloujah

June 13, 2011 at 10:48 am | Posted in Turkmens | Leave a comment
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 TRACES D’URANIUM APRES LES BOMBES U.S. SUR LA VILLE, HANTEE D’ENFANTS DIFFORMES

10/06/11 20:10 –

 LE_SOIR du 11/06/11 – p. 12

 REPORTAGE

LE MARTYRE DES BEBES DE FALLOUJAH

DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE

Falloujah est aujourd’hui une triste ville. Une ville qui se reconstruit petit à petit, une ville qui s’accroche à son bout de désert mais qui, six ans après les combats contre l’armée américaine, est toujours encerclée et sous contrôle de l’armée irakienne. Hier, ville résistante ; aujourd’hui, ville traumatisée.

 En 2004 et 2005, l’armée américaine a livré ici une bataille sans merci, à coups de bombardements et de pilonnages intensifs.

 Il fallait écraser l’insurrection.

 Des quartiers entiers ont été rayés de la carte. Les combats de rue ont bloqué des enfants et des femmes pendant des jours. Et aujourd’hui, la psychose gagne tout le monde. Les naissances d’enfants atteints de malformations se multiplient.

 « Les femmes ont peur d’être enceintes.

Ma fille a 5 ans, elle ne peut marcher : sa colonne vertébrale s’est mal développée. Elle a comme une petite queue qui lui pousse au bas du dos. Ici, je ne peux pas la faire opérer. Ça me rend malade de la voir comme ça et ça me rend dingue lorsque Bagdad dit que ce n’est pas les bombes américaines qui nous ont fait ça. »

 Le père de Noussibeh a travaillé comme photographe pendant les combats. Il a vu les fumées de toutes les couleurs après les explosions. Sa femme était enceinte lors des combats de 2005 et, pour lui, il y a un lien, entre ces bombardements et le triste sort de son enfant.

 Autre quartier, autre famille, autre difformité : Mohamed et sa famille habitaient le quartier de Jaloun, un des quartiers martyr de Falloujah. Son fils Mahmoud  6 ans, il en paraît 3, hurle en permanence, et son regard effrayé attriste sa mère : « Je ne peux le calmer, je ne sais pas quoi faire, je suis mal à l’aise avec lui. Le docteur m’a donné des calmants. Mon mari travaille à la journée. Nous sommes pauvres, on ne peut rien faire pour lui. »

   Assis dans un fauteuil roulant toute la journée, Mahmoud s’agite. Il ne peut marcher ni communiquer avec son jeune frère ui, lui, est né normal. La population  de Falloujah blâme l’envahisseur américain, mais personne pour l’instant ne peut dire ce qui a causé cette explosion du nombre de malformations, qui touche peut-être 15 % des naissances.

 Le tout nouvel hôpital de Falloujah possède son service pédiatrique. Là, les six médecins disent tous leur frustration, leur lassitude. Depuis cinq ans, ils interpellent en vain leurs autorités. Chaque mois, ils mettent au monde des dizaines d’enfants avec de graves handicaps.

 Hydrocéphalie, malformation du visage, absence de boîte crânienne, ils vous montrent l’inmontrable, des nouveau-nés sans sexe, sans jambe, avec un oeil. De petites choses qui ne vivent que quelques heures. Des enfants aussitôt enterrés et qui gardent le secret de leurs malformations avec eux.

 A Falloujah, pas de laboratoire, pas de budget pour une étude, dit le ministère irakien de la Santé. Il a fallu la ténacité de quelques citoyens pour prélever des échantillons, les sortir clandestinement d’Irak et les apporter à des scientifiques étrangers.

 Chris Busby, un chercheur britannique, est aussi un militant.

 Il travaille depuis des années sur les effets de l’uranium appauvri utilisé par les armées occidentales dans les Balkans.

   « Je n’ai jamais rien vu de pareil. Ces malformations sont impressionnantes, et il y a tellement de cas. Notre travail depuis un an est un travail d’alerte. Tout a été difficile.

 Lorsque nous avons interviewé des familles, des médias locaux ont insinué que nous étions des terroristes. Les portes des maisons se sont fermées aussitôt. »

 Quelque 700 familles ont pu être interviewées et le résultat établit une certitude. Le nombre de bébés malformés est plus élevé dans la cité irakienne. Deux fois plus qu’en Jordanie voisine, par exemple. Pour la seconde étude, qui devrait être publiée prochainement, l’équipe du professeur Busby a cherché 44 métaux lourds ou substances dans les échantillons d’ongles et de cheveux.

« Il n’y a pas de mercure, pas de tungstène, pas d’arsenic.

Nous n’avons rien trouvé, rien, sauf de l’uranium enrichi. Nous

pensions trouver de l’uranium appauvri qui est utilisé dans les

armes anti-chars. La seule explication, c’est que des armes radioactives

ont été utilisées, des armes nouvelles ont été testées sur les Irakiens. L’armée américaine ne communique pas sur le sujet, c’est simple, ils ne disent rien. »

A Falloujah, le docteur Samira al-Ani, pédiatre, déteste son impuissance.

« Si la population a respiré ou ingéré des métaux lourds, une fois stockés dans les organes, ils transforment l’ADN.

C’est sans doute ce qui se passe, mais nous n’avons aucune certitude, faute d’étude. Nous avons besoin d’aide. »

Le père du petit Mohamed qui est né avec une moitié de visage prend son fils dans ses bras.

 « Je l’aime mais nous n’aurons plus d’enfants. J’ai trop peur. Ma femme aussi. C’est comme si Falloujah était maudite. »

ANGÉLIQUE FERAT

Quel type d’armement l’armée américaine a-t-elle utilisé à Falloujah ? Mystère. Black-out total.

 Mais il y a dans cette ville d’Irak, ce que les scientifiques rencontrés décrivent comme un « Hiroshima » : une explosion des naissances de bébés atteints de malformations très graves.

 Des traces d’uranium ont été détectées. La population pauvre de Falloujah veut comprendre…

 LES COMBATS menés par l’armée américaine ont fait rage à Falloujah en 2004 et 2005. Aujourd’hui, environ 15% des bébés naissent avec des malformations graves.

   A l’hôpital de Falloujah, les médecins disent tous leur frustration, leur lassitude.

Chaque mois, ils mettent au monde des dizaines d’enfants avec de graves handicaps

Le martyre des bébés de Falloujah

 LE SOIR – 11.06.11

 L’un des tout premiers journalistes à avoir enquêté sur l’uranium appauvri – il y a plus de dix ans déjà – est notre confrère belge Frédéric Loore.

Les informations qui remontent de Falloujah vous surprennent-elles ?

Non. Il ressort des propres documents de l’armée américaine que les effets indésirables des munitions à uranium appauvri étaient bien connus depuis 1974 au moins. Cela n’a pas empêché l’armée US d’en employer environ 400 tonnes dès la première guerre du Golfe en 1991.

Pourquoi utiliser ces armes ?

La densité de ce type de munitions est de 1,7 fois celle du plomb, donc une densité comparable au tungstène mais sans en avoir le coût (l’uranium appauvri est fondamentalement un déchet). Cela permet de multiplier par cinq le taux de pénétration de charges creuses dans les blindages – notamment de chars.

Faut-il interdire ce genre d’armes ?

Le Parlement européen a voté, en 2001, 2003 et 2008, un moratoire. Une résolution de l’assemblée générale des Nations unies, en décembre 2007, souligne les préoccupations sérieuses pour la santé que pose l’uranium appauvri. Je pense que leur usage pourrait tomber sous le coup d’éléments du droit international humanitaire, qui condamne l’utilisation d’armements causant des maux superflus et des effets indiscriminés. C’est clairement le cas, avec des armes qui frappent tant les populations civiles locales que les militaires qui les utilisent.

Où en est la Belgique ?

La Belgique a banni ce type d’armement lors de votes à la Chambre et au Sénat en 2007 et 2008. Il a été demandé à l’armée belge qu’elle détruise ses stocks de munitions à l’uranium appauvri dans un délai d’un an. Je ne pense pas que l’armée belge devait disposer d’un arsenal important.

Sur les théâtres d’opération, consigne est donnée aux soldats belges de ne pas approcher les véhicules détruits par ce type d’arme. Est-ce suffisant ?

L’uranium appauvri est pyrophorique, il s’enflamme à l’air et se transforme en poussière d’uranium qui peut être soit inhalée soit ingérée. Si on se rend sur un site où il y a eu des « effets d’aérosol » suite à des tirs d’artillerie, le sol est jonché de cette poussière qui peut être remise en suspension dans l’air. Donc il ne suffit pas de s’abstenir de mettre la main sur une carcasse de char.

Notre journaliste évoque à Falloujah la découverte d’uranium enrichi…

Je peux simplement dire que, dès 2000, Asaf Durakovic, professeur de médecine nucléaire et expert du Pentagone, trouvait dans l’organisme des vétérans d’Irak des concentrations d’uranium 236 et 234, isotopes qui n’existent pas à l’état naturel.

Comment se sont-ils retrouvés en Irak ?

Durakovic pense que les stocks militaires d’uranium appauvri ont été contaminés par accident par d’autres isotopes, notamment du plutonium, provenant cette fois de programmes d’armes atomiques.

 Propos recueillis par ALAIN LALLEMAND À BAGDAD le monde

 Uranium appauvri, la guerre invisible

FRÉDÉRIC LOORE,

MARTIN MEISSONNIER,

ROGER TRILLING

Robert Laffont, janvier 2001, 407

pages, environ 20 euros

 

.esTraces d’uranium après les bombes US sur la ville, hantée d’enfants difformes

 

L’ESSENTIEL

Frédéric Loore : « Le Pentagone connaît ces risques depuis 1974 »

Le Soir

 

Samedi 11, dimanche 12 et lundi 13 juin 2011

www.lesoir.be

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